Salamine ð  

29 sept. -480

   Actium ð   

2 sept. -31

  Lépante ð  

7 oct. 1571

20 oct. 1827



LÉPANTE    7 octobre 1571

La célèbre bataille de Lépante entre les marines chrétiennes et mulsumannes fut longtemps fut longtemps considérée comme la plus grande bataille navale de tous les temps; c’est en tous cas l’avis de Cervantès qui y pris part. Elle a représenté un sursaut victorieux des catholiques, après les périodes de déchirement de la réforme protestante, et les luttes intestines de la chrétienté. À la suite du Concile de Trente qui débuta en septembre 1559 et dura trois mois, un vent de réforme se mit à souffler sur l’église catholique. Malgré les divisions des prélats en clans espagnol, français et carafistes (partisans de Paul IV, Carafa de son nom de famille) l’œuvre de rénovation du Concile fut immense et ses conséquences extrêmement bénéfiques pour la chrétienté. Les quatre grands points du Concile furent :

- la définition des dogmes suivant les écritures et la tradition.

- La réforme disciplinaire.

- La création des séminaires.

- L’interdiction aux princes d’intervenir dans les affaires ecclésiastiques.

C’est le successeur de Paul IV, Pie V qui fit passer dans les faits, l’esprit du Concile. Il le fit avec un courage, une constance et une abnégation sans pareils. Ceux qui pensaient que les décisions prises resteraient lettre morte, au moins en partie, se sont lourdement trompés, car le Pape lui-même continuant à vivre comme un simple moine donnait l’exemple de la rectitude. Ce dominicain sollicita énergiquement tous les princes chrétiens pour lutter contre les hérésies. L’application de toutes ses décisions fut particulièrement stricte en Italie et en Espagne.

À la mort de Charles Quint, c’est le sombre Philippe II qui /...

                                                                                                         ... règne sur l’immense empire espagnol, et Ferdinand V en Allemagne, tous deux favorables aux décisions du Concile. En France, Henri II étant mort en 1555, Catherine de Médicis assure avec autorité la régence.

Une fois l’unité théologique assurée, remise en ordre, Pie V se tourna vers les princes chrétiens pour organiser une véritable croisade contre l’empire ottoman, dont les sultans avaient fait connaitre leurs intentions de rendre toute l’Europe musulmane, ce qui n’était pas une prétention exorbitante étant donné l’état de division des force chrétiennes et les possibilités et les forces de l’empire ottomans.

Bien que chassés d’Espagne, le « Dar es islam » (la maison de l’islam,  c'est-à-dire , l’ensemble des pays islamiques, représentant une puissance formidable. L’islam comprenait l’Indonésie et l’inde septentrionale (avec une brillante dynastie mongole à Delhi), l’Afghanistan, une partie de l’Asie Centrale, l’Iran.

À l’ouest du Liban s’étendait l’empire ottoman qui étreignait toute les cotes de la mer noire, l’embouchure des grands fleuves (Danube, Dniepr, Diestr, Don) l’Arménie, l’Asie mineur, la Syrie, l’Arabie, avec toutes les grandes villes légendaires du monde antique (Babylone, Ninive, Bagdad, Damas, Antioche, Tarse, Smyrne, Nicée, La Mecque, Jérusalem). En Méditerranée occidentale, Chypre, Rhodes, la Crête. L’Afrique du Nord dépendait de l’empire ottoman. L’Egypte était gouvernée par des pachas nommés par le Sultan. Tripoli, la unisie, l’Algérie et le Maroc gouvernés par des dynasties locales dont la soumission aux sultants diminuaient en fonction de leur éloignement de Constantinople.

 

En Europe, la puissance ottomane s’étendait du Bosphore à la Grèce. Elle occupait les Balkans, la Hongrie jusqu’à 200 kilomètres de Vienne, la Dalmatie jusqu’aux portes de Venise, la Bosnie, l’Albanie. À l’intérieurdu cordon islamique, la chrétienté menait une existence divisée. Le conflit classique entre philosophie et religion se terminait par la victoire de la religion et les masses chrétiennes, abandonnées, passaient à l’Islam pour des raisons pratiques. Bien que profitant d’une tolérance religieuse indiscutable, les conditions de vie des chrétiens en terre islamique n’étaient tout de même pas enviables.

Les chrétiens étaient exclus des fonctions publiques, payaient de fortes taxes et fournissaient un enfant sur dix pour servir chez les janissaires.

La chrétienté était très divisée, les grands pays de l’Europe occidentale se faisant une guerre acharnée. La France, jalouse de l’Espagne avait les mains liées par les « capitulations » de 1511 (capitula = chapitre) qui prévoyaient qu’en pays d’Islam, les français seraient jugés suivant les lois françaises. L’Espagne, en lutte contre l’Angleterre, se trouvait gênée par le véritable gâchis de la répression menée dans les Pays-Bas par le Duc d’Albe. Elle est, par ailleurs, en conflit avec Venise qui monopolise le commerce dans l’Adriatique et au Moyen‑Orient. La France et l’Allemagne sont paralysées par les guerres de religion (la Saint Barthelemy se déroulera dans la nuit du 23 au 24 aout 1572).

Le danger islamique était réel et très proche. Vienne, la capitale du Saint Empire romain germanique fut assiégée d’octobre à septembre 1529. Elle le sera à nouveau de juillet à septembre 1683, par le grand vizir Kara Mustapha . Vienne, défendue par Starenberg et le maire Liebenberg, sera dégagée par l’armée de renfort Jean Sabieky, Roi de Pologne et du duc Charles de Lorraine. La paix fut achetée par Maximilien II, par un tribut de 30 000 ducats.

Le danger Islamique était évident, mais un autre problème tourmentait les chrétiens, et le Pape ; c’était la guerre de course et la capture de chrétiens réduits en esclavage en pays musulmans car la méditerranée, berceau de la navigation devait offrir un champ d’action particulièrement lucratif et propice aux écumeurs des mers.

 

Une courte histoire de la piraterie en Méditerranée fera comprendre l’importance de ce phénomène qui semble bien oublié dans les pays civilisés. En réalité presque tous les peuples ont pratiqué la piraterie et en particulier les Grecs, à cause de leur situation géographique et de la nature des côtes très découpée et offrant de bons abris. Avec Montesquieu on peut dire « Les premiers Grecs étaient tous pirates ». Cette façon de voir est amplement confirmée par l’examen de vraies motivations de la guerre de Troie. La mésentente entre Grecs et Phéniciens, grands commerçants, /...

 ... faisait que la piraterie réciproque se prolongera pendant des siècles..Après les guerres puniques, les pirates de Cicilie étaient les maitres en mer Egée, et les Illiriens dominaient dans l’Adriatique. Le calme revint sur les mers quand, à Noulocque en 35 avant JC, Scatus, petit fils de Pompée les réduisit et la « PaxRomana » put s’installer. Une certaine recrudescence fut constatée au moment des croisades. C’est la piraterie barbaresque, partant des côtes de Barbarie depuis Gibraltar, jusqu’à l’Égypte.

Au 15° siècle, après la prise de Grenade (1492) par les troupes de Ferdinand Roi d’Aragon  et d’Isabelle la catholique, tous les musulmans et juifs furent expulsés d’Espagne, d’où une haine certaine vis-à-vis de l’Espagne. Beaucoup d’expulsés se dirigèrent vers l’Asie mineure et l’Afrique du Nord. En réalité, presque tous les pirates sont de simples aventuriers grecs, portugais, espagnols, flamands, allemands, car les arabes, peu marins, n’aimaient pas beaucoup la mer ont leurs écrivains disaient qu’elle était « la source de dangers innombrables. » . Les musulmans furent puissamment aidés par des renégats chrétiens, commandités par des expulsés d’Espagne, d’autant que les pirates payaient les gouvernements locaux.

En 1588, à Alger, 24 galiotes de Course sur 35 étaient commandées par représentants des nations chrétiennes.

Parmi les pirates les plus célèbres, Aroudj Barberousse (1473-1518) était un Grec de Mythilène qui, pour finir, se fit musulman ; pirate indépendant à Tunis, défiant Charles Quint. - En 1504 au large de l’ile d’Elbe, il capture deux galères papales. – En 1510, maitre d’Alger, il périt dans une expédition contre le marquis de Camarès, gouverneur d’Oran. Son frère cadet Kheir Eddin Barberousse (1475 – 1548), prit sa suite. Vassal de l’Empire ottoman, il devint gouverneur d’Alger et grand chef des pirates barbaresque dont :

Dragut « l’épée menaçante de de l’Islam » était un anatolien chrétien ; Simon, juif de Smyrne ; Hassan, un renégat de Sarde ; Ochiali, un renégat calabrais.

 

Kheir, grand amiral de la flotte ottomane, appelé « Le fléau chrétienté », fit un raid jusqu’au fond de l’Adriatique, et fit de nombreux prisonniers appartenant aux grandes familles vénitiennes ; avec 150 navires et 61 galères, il battit le célèbre génois Andrea Doria, commandant la flotte de Charles Quint à Provenza en 1570. 

Il mourut à Constantinople.

La régence d’Alger était le plus représentatif des États barbaresques dont la particularité était de ne jamais respecter les traites passées par les Ottomans.

Certains États européens pratiquaient légalement ce trafic d’esclaves. Les Génois étaient célèbres pour le commerce des belles Circassiennes destinées aux harems orientaux.

Parmi les personnalités capturées puis rachetées figure Jules César, capturé par les Ciliciens en -78. Jules César, pour fuir la vengeance de Scylla, sert dans l’armée romaine en Asiemineure. Tombéaux mains des pirates, ceux-ci demandaient une rançon de 20 talents (72 000 dollars), pouvant être sous-estimé, César envoie un serviteur chercher 50 talents. Pendant sa détention, Jules César écrit des poèmes, sans doute peu appréciés par les pirates ciliciens qu’il traite de barbares. La rançon payée, il retourne à Milet frète des troupes, bat les pirates, récupère ses 50 talents, fait crucifier les ciliciens après leur avoir coupé la gorge, et repart tranquillement à Rhodes étudier la rhétorique et la philosophie. Il avait 22 ans.

Cervantès, en1575 eut moins de chance et restera cinq ans prisonnier. En 1605, ce fut le tour de Saint Vincent de Paul. Tous les actes de piraterie et de trafic d’esclaves étaient, bien entendu, couverts par la guerre sainte.Le pape, en tant que chef d’État et surtout chef de la chrétienté, avait de bonnes raisons d’être particulièrement inquiet des initiatives musulmanes. Le rachat et le sort des esclaves chrétiens étaient un souci permanent. Tout cela n’était pas bien nouveau ; dès le IX° siècle, les flottes sarrasines venant surtout de Sicile et de Tunisie razziaient les ports italiens.

En 841 les ottomans prennent Bari et en 842, parcourent toute l’Italie, pillant les campagnes et les monastères.

 

En 846, 5 100 musulmans débarquent à Ostie (le port de Rome), vont piller les faubourgs de Rome, l’église Saint Pierre et Saint Paul et regagnent tranquillement leur vaisseaux. En 849, ils essayent de prendre Rome, mais la flotte, réunie par le pape, les met en fuite, puis Louis IV de Germanie les rejettent vers Bari et Tarente. En 876, les Ottomans pillent la Campanie et Rome menacée doit payer un tribut pour avoir la paix.

En 884, c’est le Mont Cassin qui est pillé et incendié. 

En 916, les Byzantins battent les Ottomans sur le Garigliano.


La maitrise de la mer par les corsaires de la flotte ottomane faisait croire à l’historien Ibn Khaldon, non sans orgueil «  les chrétiens ne pouvaient mettre une planche à la mer ».

Pendant un an, des deux cotés les flottes s’arment et se préparent par une bataille que tout le monde espère décisive.

L’emploi de l’artillerie en mer qui commença après 1350, entraine des transformations dans la construction navale, avec consécutivement une distinction de plus en plus forte entre navires marchands et navires de guerre.

Les navires « ronds » de commerce avaient un rapport de longueur sur largeur de trois ou quatre, avec comme moyen de progression le vent ; pour les navires « longs » de guerre, le rapport était de cinq allant jusqu’à neuf. Pour loger les pièces d’artillerie, il fallut agrandir et élever « le château » et par suite accroitre la longueur et le tonnage des navires ; pour conserver ou accroitre la vitesse en dépit du surcroit de charge, on apporte des perfectionnements considérables au gréement. Vers 1400, les bateaux un mât et la grand voile unique, mais dès 1450, on voit se multiplier les navires à trois mâts et à huit voiles. Au début de la Renaissance, les deux types de bateaux coexistaient : 

 

la caraque, gros navire de charge mais aussi de guerre à trois ou quatre mâts de cinquante mètres de long, quinze mètres de large et pouvant embarquer jusqu’à mille hommes.

Les galères espagnoles de la flotte d’or sur l’Amérique du Sud de quarante mètre sur huit avaient trois mâts avec des voiles latines.

Dès 16° siècle, les navires continuent à s’agrandir. En 1515 sous Henri VIII, on voit apparaitre des bateaux des bateaux de 1 000 tonnes et 120 canons, deux navires de François premier, à quatre ponts jaugeront 1500 tonnes et porteront cent canons.Mais en Méditerranée, toujours prédomine la galère dont les Vénitiens avaient fait le navire de guerre par excellence, les flancs des navires étant occupés par les rameurs ; 26 rameurs de chaque bord, avec quatre à six rameurs par aviron. Ces galères ne disposaient que d’un nombre restreint de pièces d’artillerie, tirant dans l’axe, et combattaient en heurtant de front avec leurs éperons, comme se sera le cas à Lépante.


Les Vénitiens possédaient également des Galéasses »(Galeazza) très chargées sur les cotés en artillerie mais difficiles à manœuvrer car trop lourdes, qui disparaitront au XVIII° siècle.

Les rameurs provenaient des prisons : c’étaient des condamnés de droit commun, forçats attachés à leur banc nuit et jour.

Toutes les escadres comprenaient des bateaux plus légers, plus rapides, comme les frégates et les corvettes, portant de 20 à 40 canons.

Les Galères restaient donc essentiellement à rames. La chiourme pouvait compter jusqu’à 200 rameurs, avec le plus souvent deux mâts : un grand mât du milieu et l’arbre de trinquet à l’avant, portant des voiles latines. Le vent était une propulsion auxiliaire, utilisé dans les circonstances favorables de brise portante. Ces navires étaient en général très fins (le rapport longueur sur largeur égal à 8), incomplètement pontés, dont la tenue en mer relativement faible, ne leur permettra bientôt plus d’affronter les vaisseaux de hauts bords.

L’infanterie embarquée porte un armement classique à l’époque. Les fantassins, coiffés du morion sont armés d’une épée et d’une dague, et protégés par une cuirasse.

Comme arme d’attaque, une hallebarde qui n’est qu’une pique de 1m80 à 2m40 avec une lame latérale et une pointe de fer. Ce système, importé de Chine en Allemagne, puis en Suisse, apparut en France en 1550, pour assurer une infanterie d’élite.

L’arquebuse, d’un usage habituel dès 1538, n’a qu’une portée de 300 mètres. Le mousquet, perfectionné vers 1520 par les Espagnols, permet une meilleure visée. Le canon posé sur une fourchette libère les deux mains. La poudre d’amorce protégée contre le vent et la pluie est allumée à volonté par l’action d’un ressort qui rabat sur elle la mèche. Les balles pèsent 50 grammes.

Galléasse


Morion

Les canons crachent des boulets ou de la mitraille antipersonnel. Les couleuvrines peuvent tirer jusqu’à deux kilomètres des boulets de pierre et de métal, à raison de quelques dizaines par jour.

Les options étant prises des deux cotés, seul le prétexte manquait. La mer Égée était bordée des possessions vénitiennes qui gênaient le commerce turc et le concurrençait, bien que Venise ait de nombreux accords plus ou moins secrets avec les Ottomans. À Constantinople, Selim II qui succède à Soliman le Magnifique est un oisif absolu, mais il a un excellent vizir : Sokolou. Celui-ci commence /...


Couleuvrines

États Pontificaux de la Sainte Ligue en Italie.


                                                                                 ... par prendre l’Arabie, puis songe à attaquer Chypre, possession vénitienne.

Le Pape Pie V n’avait pas oublié, et encore moins accepté, que la flotte ottomane menace, en 1566, Ancône, appartenant aux États Pontificaux. Il pousse les souverains chrétiens à monter la « Sainte Ligue ». Philippe II d’Espagne, en guerre contre les Maures d’Espagne, savait qu’ils avaient demandé une aide au Sultan en 1559. Le Pape lutte étoffer au maximum sa « Sainte Ligue », et ce fut là le grand mérite ce Pape.

La ligue finit par comprendre : la Savoie, Florence, Ordre de Malte, Parme, Lucques, Ferrare, Urbin (l’ennemie de Venise), Venise, Gênes, qui envoyèrent des navires et des hommes, rejoindre à Naples, ceux de Venise et de l’Espagne. Ces forces concentraient ce qu’il y avait de mieux comme flotte de guerre en méditerranée.

Après la conquête de l’Arabie, les Ottomans débarquent 6 000 hommes à Chypre et Venise appelle au secours. Seuls le Pape et l’Espagne, en tant que grandes puissances chrétiennes, répondent favorablement. L’empereur du Saint Empire venait de signer un traité avec le Sultan et ne pouvait se déjuger, et la France cultivait l’amitié turque, ne serait-ce que pour contrarier l’Espagne avec qui les différents ne manquaient pas, de même pour l’Angleterre. De plus, Charles IX avait de sérieuses difficultés intérieures avec la réforme protestante.

À Chypre, Limassol tombe rapidement et les 20 000 habitants sont passés au fil de l’épée. Famagouste résiste et ne tombe que le 6 août 1571. Son héroïque défenseur, Marco Antonio Bragadine fut écorché vif et sa peau, bourrée de paille envoyée à Constantinople.

À Naples, le drapeau amiral de la Sainte Ligue est remis à Don Juan d’Autriche (demi-frère de Philippe II, fils naturel de Charles Quint et de Barbara Blomberg, une Flamande), qui avait déjà organisé des campagnes contre les pirates. Don Juan avait alors 25 ans, et c’est le Cardinal de Granvelle  qui lui remit l’étendard (Besançon étant alors possession espagnole).

Chypre

Localisation de Lépante



Don Juan, grand amiral, était assisté d’un marin chevronné, le Catalan Louis de Requesens. Les galéasses vénitiennes, plus lentes, vont ouvrir le défilé de la flotte chrétienne. La mer étant agitée, ce n’est que le 16 septembre que l’armada   /...

                                                                                                                                                                     ... appareille de Messine, cap à l’est, en trois interminables colonnes rangées derrière la « Réale » de Don Juan, galère à 60 rameurs, bijou de la construction navale, ornée par les plus grands artistes de Barcelone. L’armada longe le pied de la botte italienne et se dirige vers Corfou. C’est là qu’on apprend les massacre de Chypre et que s’élève des cris de vengeance. « Vittoria, Viva Christo ». Le 7 octobre, l’armada passe du golfe de Patras à celui de Corinthe à la recherche de son ennemie.

Naturellement, les musulmans n’ignoraient pas l’approche de cette armada. Ullugh Ali, amiral algérien, allié du Sultan, avait rallié avec ses navires, la flotte de l’amiral Turc Ali Sacha au large de la baie de Lépante.

La marine turque comprend 222 galères, 60 navires plus petits, 250 canons, 13 000 marins, 34 000 soldats embarqués et 41 000 rameurs.

Les chrétiens disposent de 207 galères, 5 galéasses vénitiennes avec leur artillerie lourde et 30 navires plus petits, 1800 canons, 30 000 soldats, 12 900 marins et 43 000 rameurs. Le combat commença le 7 octobre dans la matinée, non à Lépante mais plus à l’ouest au large de Missolonghi. Au mât de la « Réale », galère amiral, battait l’étendard pourpre et or, représentant le christ en croix.

Ali Pacha arborait un étendard blanc, portant un verset du Coran en lettre d‘or. Profitant du vent favorable, les musulmans attaquent rapidement, et à la voile, alors que la flotte chrétienne n’est pas tout à fait en ligne de combat, mais le vent tombe brusquement et l’approche doit se faire à la rame, donc beaucoup plus lentement, ce qui permet à Don Juan de ranger ses navires. On a peine à imaginer une telle bataille.

Les premiers boulets échangés à faible distance, surtout des galéasses, ouvraient des sillons sanglants dans la misérable chiourme qui ramait quasiment nue. Allant au contact proue contre proue, l’abordage était inévitable. Les pertes étaient effroyables à cause de l’artillerie et la mitraille des arquebuses. Chaque coup portait. La bataille se déroulait près de terre, l’aile gauche chrétienne à toucher terre et c’est elle qui supporte le premier choc. Les combattants Génois et Espagnols rivalisaient d’audace et de férocité avec les janissaires Turcs. 

Au centre de la ligne, la « Réale » cherchait la galère d’Ali Pacha, non moins agressive. Aux détonations des mousquets et des arquebuses se mêlaient les roulements de tambours et l’éclat des trompettes et les cris des combattants. Ordre avait été donné par Don Juan de démanteler en priorité les éperons des galères turques. Cet ordre se révéla particulièrement judicieux, car l’avant-bec était prolongé par un éperon. Cette masse dominait les bancs de nage des rameurs espagnols, mais les canons qui les garnissaient tiraient trop haut, tandis que les pièces des galères espagnoles, placées plus bas sur l’eau, criblaient les galères turques au dessus de la ligne de flottaison. Précédé d’un moine capucin, brandissant un crucifix, le vaisseau amiral turc fut pris d’assaut par 300 fantassins, tous vétérans des campagnes espagnoles. Ali Pacha, au moment d’être capturé, se donna la mort. Un soldat chrétien lui coupa la tête et l’apporta à Don Juan qui la fit hisser à la place du pavillon turc. Il la fit jeter à la mer par la suite.

Démoralisé par la prise du vaisseau amiral, la ligne turque fléchit, et l’Algérien Ullugh Ali, voyant la partie perdue, se dégage avec 40 navires et s’éloigne. Pendant le combat, nombre d’Ottomans furent jeté à la mer et l’hécatombe fut formidable. 30 000 Turcs furent tués, 117 navires capturés, 60 coulés ou incendiés, 10 000 prisonniers restèrent aux mains des chrétiens. Dans le même temps, les chrétiens auront perdu 12 galères et 7 500 tués, parmi lesquels beaucoup de membres des grandes familles vénitiennes. 12 000 chrétiens prisonniers, enchainés au banc de rames des galères turques, retrouvaient une liberté à laquelle ils ne croyaient plus.

Position des flottes au début de la bataille de Lépante


 

Après nombre de discussions, le butin fut réparti suivant les apports de chaque puissance : l’Espagne eut la première moitié du butin, Venise un tiers, la papauté un sixième. Les esclaves chrétiens furent tous relâchés, mais il fallut toute l’insistance du Pape Pie V pour que ces malheureux ne retournent pas sur d’autres galères.

Cervantès, qui prit part au combat, pouvait écrire :

« C’est l’évènement le plus mémorable que les époques présentes aient jamais vu
et qui n’aura peut-être pas son pareil dans l’avenir »

La flotte chrétienne ne put poursuivre les débris de la flotte turque en raison de ses avaries et de la tempête qui s’était levée.

À Lépante, la littérature mondiale faillit perdre un de ses plus grands génies. Miguel de Cervantès, qui n’avait pas son inoubliable « Don Quichotte », avait choisi de s’engager dans l’armée, pour éviter la prison pour dettes. À Messine, il s’embarque à bord de la galère « Marquessa ». Le jour de Lépante, fiévreux et affaibli, Cervantès insiste pour se battre et prend le commandement de 12 hommes, dans un petit bateau. Placé sur le flanc de son navire, il y fut blessé par balles dont deux dans la poitrine.

La troisième mutila sa main gauche pour toujours « pour la gloire de la droite » disait-il. On le surnomma « Le manchot de Lépante ». Soigné à l’hôpital de messine, il prit part à d’autres combats comme Navarin, La Goulette à Tunis, puis il rentre en Espagne avec son frère Rodrigo. Malheureusement, en face des Saintes Maries de la mer, les deux frères furent pris par des corsaires en 15775 et conduits à Alger. Alors que son frère fut racheté assez rapidement, Cervantès, porteur d’une lettre de Don Juan au roi, fut jugé personnage important et dut attendre 5 ans avant d’être relâché contre une importante rançon payée par sa famille. Il put alors rejoindre Madrid et écrivit de nombreuses pièces de théâtre. Il ne publia « La vie et les aventures du Don Quichotte de la Manche » qu’en 1605. Ce fut un succès total et immédiat.

La victoire des chrétiens sur les musulmans eut un immense retentissement. Il y eu de grandes fêtes à Venise. Le Titien, Véronèse, Le Tintoret furent chargés de commémorer l’évènement par leurs peintures. Le chef vénitien, Sebastiano Veniero fut élu : Doge.

 

Comptant sur la vitesse acquise, Pie V essaye bien de monter une grande coalition même avec les Perses (musulmans chiites) contre les Ottomans, mais les pays chrétiens avaient trop d’intérêts divergents. La France surveillait l’Espagne et l’Angle-   /...

                                                                                                                                                                                       ... -terre attendait l’invincible armada. L’Espagne avait les pires ennuis aux Pays-Bas où le Duc d’Albe ne réussissait pas à calmer la révolte. Par ailleurs,, l’Espagne était obligée de surveiller étroitement Venise qui n’avait que trop tendance à monopoliser le commerce dans l’Adriatique. Au-delà, Pie V mourut le premier mai 1572 et la Sainte Ligue avec lui.

Don Juan reprit Tunis, ce nid de pirates, puis alla sans souci de miséricorde punir les révoltés mauresques de Grenade. Par la suite, il fut nommé gouverneur Général des Pays-Bas. Un an après la prise de Tunis, les Turcs reprirent la ville et massacrèrent tous les Espagnols qui s’y étaient installés.

Les Ottomans avaient perdu une bataille, mais ils finiront par gagner la guerre, au moins partiellement ; en effet, huit mois après Lépante, une flotte de 150 navires turcs sillonnent la Méditerranée. Venise, pour reprendre son fructueux commerce avec l’Orient, fit la paix avec la « Porte » en 1575, cédant Chypre aux Ottomans et paya même une indemnité pour les pertes ottomanes mors de la prise de Chypre.

La France avait signé les capitulations en 1516 avec Constantinople. L’Angleterre les signa en 1580 et les Pays-Bas en 1673.

Heureusement, à Constantinople, après le massacre des janissaires, le Sultan Mohamed III, fils de Mohamed II et de Baffa, une esclave chrétienne, concentre ses forces sur le front oriental surtout contre les Perses. Pour avoir les mains libres, il signa un traité avec l’Autiche en 1605. Le prétexte pour attaquer les Perses était religieux, car les Perses, chiites, étaient considérés comme hérétiques par les musulmans orthodoxes. En réalité, c’était surtout pour avoir de nouvelles ressources et lever des impôts sur de nouvelles populations.

Malheureusement pour le Ottomans, le cinquième Chah de la dynastie des séfévides (dynastie fondée par Ismaël I° en 1502) Abbas le Grand, après avoir pacifié l’est et le nord du pays, réorganisé son armée avec l’aide de deux anglais, les frères Sherly qui comme par hasard étaient des experts dans la fonte des canons. Il put refaire son artillerie. Forte de plus de 500 canons modernes Abbas battit les Ottomans à plate couture et vit son empire aller de l’Indus à l’Euphrate et se reconstruit complètement la magnifique Ispahan.

Lépante marque tout de même le crépuscule de la puissance ottomane, et prouva aux yeux de chrétiens, que les masses musulmanes n’étaient pas invincibles. Les musulmans se maintiendront n Europe jusqu’à l’indépendance grecque et l’empire Ottoman sera définitivement liquidé en Orient après la grande guerre 14-18, pour en être réduit à la Turquie d’aujourd’hui.

Lépante n’empêchera pas la piraterie de vivre et de prospérer à partir des côtes d’Afrique du Nord, mais Lépante sonnera le glas de la course barbaresque organisée. Les « Rois » ou généraux des galères se libèrent du pouvoir central en donnant 10% de leurs prises à des souverains nommés et toujours à court d’argent. Le premier indépendant important, Mourad, était un chrétien albanais qui ira jusqu’à l’Atlantique contre les transport espagnols, anglais et portugais, devançant ainsi l’action des célèbres corsaires de Salé, qui, à partir de 1610, écumeront l’Atlantique, encouragés financièrement par les « harmacheros », les premiers juifs expulsés d’Espagne, mais avec leur argent.

Les allusions à la piraterie ne manquent pas dans la littérature. On se souvient du : « Qu’allait-il faire dans cette galère » de Molière et Voltaire, dans « Candide », nous parle d’une galère des Corsaires de Salé.

Au 17° siècle, ils adoptèrent progressivement les navires à voiles. C’est un Hollandais de Derdrecht : Simon de Danzer, qui initia les Algériens à la construction navale moderne. On a pu l’appeler « le bienfaiteur des corsaires », soutenu qu’il était par les juifs hollandais, dont beaucoup avaient été chassés d’Espagne.

La piraterie ne prit définitivement fin qu’après la prise d’Alger en 1830.