Salamine ð  

29 sept. -480

   Actium ð   

2 sept. -31

  Lépante ð  

7 oct. 1571

20 oct. 1827



SALAMINE

 

Pour bien juger l’importance de la bataille navale de Salamine qui termine pratiquement les guerres médiques, dans l’ensemble des rapports entre l’Orient et l’Occident, il faut se souvenir de la date de 480 avant Jésus Christ et l’avoir constamment en mémoire pour comprendre sa véritable portée. Ce sera le choc décisif de deux civilisations, les seules à avoir de l’importance à ces temps là où l’Orient était très en avance sur l’Occident.

En -480, l’Europe occidentale n’est qu’une agglomération de tribus germano-celtiques. C’est un monde ouvert, sans frontières, avec des petites monarchies théocratiques ou des gouvernements collectifs dirigés une aristocratie guerrière.

Toutes les tribus sont pratiquement en lutte permanente pour prédominance de certains groupes plus importants, mais sans aucune forme de solidarité : c'est le chacun pour soi et la haine du voisin. Le seul principe d'unité celtique reste l'influence des druides, prêtres et poètes. C'est une civilisation des champs et des bois sans aucune ville digne de ce nom.

La justice est une affaire privée, réglée selon la coutume. L'unité spirituelle rayonne à partir de centres sacrés sous l'influence des druides. L'ensemble de ses caractéristiques souligne une grande faiblesse politique dont profitera Jules César quatre siècles plus tard dans sa conquête des Gaules.

L’ensemble est parcouru par des réseaux commerciaux par terre ou par mer, tenus par des Grecs, les phéniciens et les étrusques allant chercher de l’étain dans les Iles britanniques ou de l’ambre sur la mer Baltique, à partir de leurs possessions méditerranéennes où ils ont essaimés depuis des siècles.

Quant à Rome, qui prendra l’importance que l’on sait, ce n’est encore qu’une mince bourgade du Latium Italique, /...

                                                                                                                                                                                                           ... une petite fédération de quelques villages. Si, d’après les historiens, la fondation de Rome remonte à -759, ils n'en apportent aucune preuve. Rome restera longtemps sous la domination de l’Étrurie, qui correspond territorialement à la toscane actuelle. Apparus au X° siècle, sans que l'on sache très bien leur origine les Étrusques construisirent des villes et n’eurent d’opposition réelle que des Grecs de la « grande Grèce », établis depuis le VIII° siècle dans le sud de l'Italie. Les Étrusques conquirent le Latium et Rome devint en réalité une ville étrusque gouvernée par les « Tarquin ». Par la suite, Étrusques et romains se livrèrent une guerre d'une centaine d'années. Bien que la République romaine fût proclamée en -509, l’Étrurie ne disparaîtra politiquement qu’en -285 pour laisser la place à une Rome républicaine et conquérante.

Si, d’après les historiens, la fondation de Rome remonte à -759, ils n'en apportent aucune preuve. Rome restera longtemps sous la domination de l’Étrurie, qui correspond territorialement à la toscane actuelle. Apparus au X° siècle, sans que l'on sache très bien leur origine les Étrusques construisirent des villes et n’eurent d’opposition réelle que des Grecs de la « grande Grèce », établis depuis le VIII° siècle dans le sud de l'Italie. Les Étrusques conquirent le Latium et Rome devint en réalité une ville étrusque gouvernée par les « Tarquin ». Par la suite, Étrusques et romains se livrèrent une guerre d'une centaine d'années. Bien que la République romaine fût proclamée en -509, l’Étrurie ne disparaîtra politiquement qu’en -285 pour laisser la place à une Rome républicaine et conquérante.

L’Europe occidentale peuplées d’indo-européens ne comptait que bien peu dans la civilisation de l'époque. Le choc ne pouvait avoir lieu qu'entre la Grèce, seul bastion solide d'occident, et l’énorme empire perse, combat a priori disproportionné comme nous le verrons.

Les raisons qui amenèrent les guerres « médiques » sont multiples et d’inégale importance, mais leur conjonction ne pouvait qu’amener un conflit. Le terme de guerres « médiques » est totalement impropre, car en -555, la Perse de Cyrus a vaincu les Mèdes pour créer un seul royaume sous domination perse. Cyrus est mède par sa mère, Mandane, mais son père Cambyse Ier, est le premier Achéménide, et Cyrus s’intitule Roi des Perses et tous ses successeurs s’acharneront à éloigner les Mèdes du pouvoir.C’est Cyrus qui viendra au contact des Grecs en Asie mineure, en prenant Sardes, la capitale de la Lydie du Roi Crésus, et la Lydie est transformée en Satrapie perse. Pour ce faire, il utilise la cavalerie arabe à dos de chameaux dont l'odeur met en fuite la cavalerie libyenne à cheval. Par la suite, toutes les cités ioniennes, tombent une à une au pouvoir de Cyrus. Il faut rappeler que dans l'antiquité on donnait le nom d’Ionie à une région montagneuse, large /...

                                                                                                                                                      ... de 30 à 50 kilomètres, longue de 150 kilomètres, qui s'étend au nord de la Carie, dont Cicéron pourra dire : « ici l'air et le climat sont les plus beaux du monde ».

C'est là que pour la première fois, la pensée s’est sécularisée clinique et qu’on a essayé de trouver au double problème de l'Homme et de l'Univers, des solutions basées sur la logique et la raison, et cela dès le sixième siècle avant J-C. Comme en Chine et en Indes c’est aussi en Ionie que l'on a pensé que l'Homme n'est vraiment grand et libre que lorsqu'il accepte d'obéir à la loi. Les Perses, maîtres de l'Asie mineure, sont forcément intéressés par le Bosphore et le contrôle des lignes commerciales. Ils avaient déjà poussé leur avantage jusqu’en Macédoine alors que les villes et les ports sur la Mer Noire étaient tenue presque entièrement par les Grecs qui s’y enrichissaient, alors que les Perses dominaient indiscutablement le monde oriental.

L’immense empire perse fut encore agrandi quand le fils de Cyrus, Cambyse II fit la conquête de l'Égypte en battant les Égyptiens d'hommes devant Péluse en plaçant devant ses troupes des chats, des chiens, des ovins que les Égyptiens n’osaient pas tuer, car sacrés.

Devenu à moitié fou, Cambyse II est supplantée par le mage Gaumata, lui-même abattu par sept conjurés nobles en -522. Darius, l’un des conjurés, est nommé Roi. Il se hâte de reprendre en main l’empire et continue les conquêtes : l'Inde devient une Satrapie ; il finit de la conquête de la Thrace et de la macédoine, tout en écartant définitivement l’influence mède dans son royaume ; il occupe la Carie, Chypre et Rhodes.

Lors des incursions perses, au-delà du Danube, dans le pays des Scythes, un Grec, Histiée, avait facilité le passage du Danube aux Perses, qui refluaient devant les insaisissables cavaliers Scythes, en conservant intact un pont qui mit à l'abri les troupes perses en retraite. En récompense, il lui fut attribué un territoire en Thrace pour y construire une ville : Mircine. Mais Mégabyse, conquérant et gouverneur de la Thrace s'inquiète de l'importance des fortifications mise en place. Histiée est appelé à Suse, capitale de l'empire, et mis sous surveillance, d'autant que son neveu et gendre, Aristagoras, est gouverneur de Milet, en Ionie.

Cet Aristagoras, tyran de Milet, « la perle de l’Ionie », était un aventurier, tête brulée et sans beaucoup de scrupules. Milet, située à l'embouchure du Méandre, ce fleuve côtier dont les sinuosités devaient faire de « méandre » un nom commun, ne suffisaient plus à ses ambitions, avec l’aide d’Artaphernès, Satrape de Lydie et frère du grand Roi Darius Ier, il essaya de prendre Naxos, la plus grande et la plus riche des îles des Cyclades.

Après un siège de quatre mois il échoua en raison de la mésentente entre Milésiens et Perses. Il intrigua à Suse, capitale du Roi des rois, par l'intermédiaire de son beau-père, Histée, vivant à la cour. Pour éviter l'interception de ses messages à son gendre, Histiée faisait raser la tête d’un esclave et y tatouait le message. Les cheveux en repoussant, il suffisait de raser la tête du messager pour prendre connaissance du message.

Aristagoras fit arrêter à Milet les Perses qui étaient en principe ses alliés, appelant ainsi l’intervention de Darius Ier en Ionie. Devant le danger, il fit appel à la mère patrie et en particulier à Athènes et Sparte. Seule Athènes envoya vingt trières et Érétrie, cinq trières, soit en tout deux mille hommes. C’était assez peu, mais assez pour irriter le grand Roi Darius.

En -498, Aristagoras, ne doutant de rien, attaque la riche Lydie, possession perse depuis -545 et sa capitale Sardes. Les habitants s’enfuient. La villes est pillée et incendiée. Seule l’acropole, défendue par Artaphernès résiste. Du coup, toutes les villes d’Ionie se révoltent et les Athéniens retournent chez eux. Darius marche sur Milet en -494. Après un siège par terre et par mer, Milet est détruite de fonds en combles. Les femmes et les enfants sont réduits en esclavage et la florissante Milet est rayée de la carte ; l’Ionie est alors entièrement occupée par les Perses.

Histiée, démasqué à la cour du grand Roi Darius Ier prit la fuite et mena une vie de corsaire. Il sera capturé, décapité et sa tête embaumée fut envoyée à Darius. Dyonisos, un Phocéen s’enfuit également. Aristagoras, réfugié en Thrace, y mourra en -497, mais Darius n’oubliait pas les Athéniens et leur incursion en Ionie. Plutarque rapporte que, pour ne pas laisser tomber sa colère, il demandait /...

                                                                                                                            ... à un serviteur de lui dire à chaque repas : « Maître, Souviens-toi des Athéniens ! ». Il est probable que cela n’était pas nécessaire. Les intrigues d’Hippias, ancien tyran d’Athènes et vivant à la cour, suffisait certainement à entretenir la haine du grand Roi Darius vis-à-vis des Athéniens.

En -492, Darius confie à son gendre, Mardonios, la direction d’une campagne punitive contre Athènes et Érétrie, coupables d’avoir aidé Milet révoltée. Malheureusement, le corps expéditionnaire, au moment de doubler le Mont Athos, fut pris dans une terrible tempête. Sur les trois cents navires, beaucoup s’écrasent sur les rochers et 20 000 hommes périssent noyés et nombre de rescapés sont massacrés par les tribus guerrières de Macédoine et de Thrace. Les débris de l’expédition regagnent l’Asie.

Au printemps - 490, sous le commandement de Datis, un mède, et d’ Artaphernèse, fils du Satrape de Lydie, la flotte perse est concentrée à Alaya en Cilicie ; elle est forte de six cents trières. 40 000 hommes sont embarqués et certains bateaux sont équipés spécialement pour le transport des chevaux. Après escale à Samos, l’ile de Naxos tombe la première. Mais l’ile sainte de Delos, l’ile d’Apollon est épargnée. Érétrie dans l’ile d’Eubée, complice d’Athènes dans l’affaire de Milet, est prise en cinq jours et sa population est déportée en Asie.

Avant de mettre aux prises les Perses et les Grecs, il est souhaitable de comparer succinctement les soldats des deux parties. Les hoplites grecs (hommes en armes) sont avant tout des athlètes très entrainés et bien armés. Dès leur plus jeune âge, les Grecs s’entrainent à des sports qui seront utiles en temps de guerre. Les meilleurs iront sans doute représenter leur ville aux jeux olympiques.

Hoplite armé


Leur armement leur appartient et coute fort cher. Sur le plan défensif, l’hoplite est pourvu d’un casque métallique avec un grand cimier, dit casque Corinthien, ressemblant beaucoup à un casque intégral que portent les motocyclistes modernes et assurant une excellente protection de la tête ; une cuirasse épousant la musculature ; des jambières métalliques (les hoplites athéniens recevront le surnom de « hoplites aux belles jambières ») ; un bouclier, rond en général, renforcé le plus souvent par du bronze. L’hoplite porte une épée lourde à double tranchant, des poignards et des javelots.

Pour porter tous ces objets lourds mais indispensables, il fallait des athlètes, ce que les Grecs étaient en majorité, et très doués pour le corps à corps.

Quand l’armée perse combat sous le commandement direct du roi, ce qui ne sera pas le cas dans la première guerre médique, elle comprend :

1 - La garde royale, de deux mille hommes, qui veille à la sécurité du souverain.

2 - L’armée des dix mille, essentiellement, issue des familles nobles. Ce sont les « immortels » car dès que l’un d’eux est tué, il est immédiatement remplacé. Les dix mille voyagent avec leurs serviteurs, leurs concubines, etc.

 3 - La masse de l’armée est composée de troupes « indigènes », envoyés de toutes les satrapies, ce qui ne devait pas manquer de pittoresque. Les troupes perses étaient armées d’arcs d’un mètre cinquante tirant des flèches d’un mètre, de piques, d’épées, avec en général des cuirasses de peaux ou d’airain. Le bouclier moyen est couvert de peaux. L’armée est accompagnée de chars avec trois dards à chaque essieu qui fauchent les ennemis, deux pointes métalliques au timon et des couteaux à l’arrière pour éviter les surprises.

La garde de Darius I° (Bas-relief de Suse)


 La tactique la plus employée est l’infanterie placée au centre et la cavalerie aux ailes. Dans les bagages des Perses figure Hippias, fils du tyran Pisistrate, chassé d’Athènes en -510, et qui a des intelligences dans la place d’Athènes. Se souvenant que son propre père avait débarqué pour prendre le pouvoir et rejoindre ses partisans sur la plage de Marathon, à une quarantaine de kilomètres d’Athènes, il conseilla le débarquement au même endroit.


Figure 2


Figure 3


L’infanterie perse débarque dans la plaine de Marathon (la plaine du fenouil, actuellement un beau vignoble). C’est une petite plaine côtière avec une belle plage de trois kilomètres de long sur quatre de profondeur, bien protégée des vents d’est. Elle est cernée par des collines assez escarpées et fermée par des marécages à l’est. Un sentier de montagne qui court sur les crêtes n’est pas barré, permettant l’arrivée des hoplites athéniens à l’insu des Perses. Le vieil Hippias, débarqué lui aussi, tousse violement et perd une dent dans le sable. « C’est à peu près toute la part qui m’en revenait ! » dit-il tristement. La panique a régné à Athènes pendant plusieurs jours et Miltiade, ancien gouverneur de Chersonèse de Thrace, connait les Perses qu’il a déjà combattu et convainc Callimaque, commandant en chef, de la nécessité de l’offensive. Il faut prévenir Sparte dont la valeur militaire est connue. Un coureur d’élite, Philippidès, parcourt les 225 kilomètres séparant Athènes de Sparte en quatre jours pour s’entendre dire que Sparte est bien d’accord, mais qu’ils ne pourront se mettre en marche avant la pleine lune, en raison d’un interdit religieux.

À Marathon, pendant plusieurs jours, les adversaires s’observent. Les dix mille Hoplites Athéniens sont seuls au pied des collines du Pentélique. Seule Platée a envoyé un millier de soldats. Les deux adversaires sont séparés de 1 000 à 1 500 mètres. Pendant ces préparatifs, les discussions sont fréquentes chez les chefs grecs, d’autant que les combattants sont à un contre trois.

Dans la plaine, les Perses attendent que les partisans d’Hippias, fassent, depuis les collines, des signaux avertissant qu’Athènes est sans défense, signaux consistant en boucliers agités au soleil. Les Perses, craignant l’arrivée des Spartiates, donnent l’ordre de réembarquer à commencer par la cavalerie.

Sur la recommandation d’Aristidès qui cède son tour de commandement à Miltiades, ce dernier reste seul chef sur le champ de bataille. Il range ses troupes sur un front de la même longueur que celui des Perses mais avec un centre plus faible. Les deux ailes sont commandées par Thémistocle et Aristidès. Les sacrifices étant favorables, les Grecs évoluent au pas de charge, en chantant le « Péan ».

« Tertre de la bataille de Marathon » par Paul Munhoven

Les Perses surpris, et pensant au rembarquement commencé, se reprennent et enfoncent le centre du dispositif grec qui recule car laissé volontairement faible. Alors les deux ailes de l’alignement grec se referment sur les Perses. Les corps à corps retirent toute efficacité aux archers perses. Désorientés les Perses refluent en désordre vers les bateaux qui attendent près de la plage et sautent à l’intérieur et toute la flotte fait force rames et voile vers Phalère alors qu’au sommet du pentélique un bouclier scintille au soleil, signalant qu’Athènes est sans défense.

Les grecs ne pourront capturer que sept bateaux. C’est à cette occasion que Cynégire, le frère d’Eschyle, eut les mains tranchées alors qu’il essayait de retenir un bateau. Eschyle et son frère se virent honorés d’un tableau représentant les deux frères au combat.

Les rames perses battant l’eau vers Phalère, c’est une course de vitesse qui s’engage. Un soldat de Marathon apportera d’un seul trait la nouvelle à Athènes et mourra épuisé après une course de 42 kilomètres à travers les collines. Bien que l’histoire n’ait pas conservé son nom, il semble bien que l’auteur de cet exploit soit Philippidès.

Statue de Philippidès à Marathon.

Les Hoplites le suivant le plus rapidement possible pour porter secours à la cité. Les Perses, mouillés à Phalère, voyant les défenseurs en place, hésitent puis repartent vers l’Asie. Les Spartiates n’arrivent qu’un jour après la bataille.

 

Les pertes perses s’élèvent à 6 000 tués, les grecques à 192, dont le chef nominal : Callimaque. Les 192 Grecs furent enterrés dans un tumulus, toujours visible dans la plaine de Marathon.

Platon pourra dire : « La victoire ne dépend pas du nombre, mais du courage des troupes ! » 

 

Nous retrouverons les trois Héros de la bataille : Miltiades, Aristidès et Thémistocle, qui après maintes tribulations finiront assez mal.


Marathon valut à Athènes dix ans de répit. Thémistocle et Athènes en profiteront pour construire une flotte puissante et bien entrainée. Thémistocle avait su convaincre les Athéniens que leur avenir était sur l’eau, car sur terre, leur petit nombre était un handicap trop important et que le miracle de Marathon avait peu de chance de se reproduire.

Thémistocle, resté seul maitre à Athènes, après avoir éliminé ses adversaires, était un fils de roturier, fils de métèque, mais rusé, ambitieux et sans beaucoup de scrupules.

En - 493, l’archonte  Thucydice avait fortifié le Pirée pour remplacer Phalère devenu trop petit, car il fallait assurer la sécurité des voies maritimes, ne serais-ce que pour assurer le ravitaillement en céréales en provenance surtout de la « grande Grèce », la route de l’Hellespont et de la mer Noire étant aux mains des Perses.

Heureusement, à cette époque, un riche filon de plomb argentifère est découvert au Laurion (encore exploité aujourd’hui) près du Cap Sounion. Thémistocle obtint, non sans mal, que les Athéniens renoncent à se partager les bénéfices, pour aider les cent plus riches citoyens à équiper les trières : Le prétexte était de concurrencer la flotte d’Égine, la plus importante, mais Thémistocle pensait surtout aux Perses.

Le chantier des « trières » est ouvert aux docks de Zea, et Thémistocle veille lui-même à la construction de ce nouveau modèle de bateaux, qui remplacent les lourdes « pentécontores » à cinquante rameurs, en usage jusque là.

La trière est un croiseur léger, inventé au VI° siècle par Aminoclès, un ingénieur corinthien. C’est un bâtiment de 38 à 40 mètres de long, de quatre à six mètres de large, d’un tirant d’eau d’un mètre. Les planches de sapin profilées sont calfeutrées avec de la cire et enduites de poix pour l’étanchéité. En Proue, le long d’une poutre de bois, on martèle un éperon de bronze à trois dents, tout hérissé de piques redoutables vers l’avant. Les peintres peignent de chaque coté deux grands yeux protecteurs du navire, et, en principe, mortels pour l’ennemi. À la poupe, qui se relève gracieusement en col de cygne, une hure de sanglier, qui, comme l’éperon, constitue un trophée. Les cordages sont en lin tressé. À l’arrière, deux grandes rames en guise de gouvernail, presque aussi efficaces que le gouvernail /...

                                         ... à Navarin 20 octobre 1827 étambot ; un seul mât avec une vergne et une grand voile carrée, qui ne sert que pour la navigation d’approche, au combat seules les rames sont en action. Lever la voile au combat est un signe de fuite, donc une infamie.

La véritable originalité de ce navire est un caisson de débordement, fixé à chaque bord du navire, augmentant le nombre de rameurs, et la puissance de propulsion par le triple rang de rameurs en quinconce. Au fond de la cale 27 rameurs (les thalamites) sur chaque bord actionnent leur rame à travers des sabords gainés de cuir pour éviter les paquets de mer et donnent l’élan au bâtiment. En cas de tempête les rames sont rentrées et les sabords bouchés avec de l’étoupe.

Au dessus des thalamites, 27 zygites appuient leu s rames sur des tolets placés sur le plat bord. Au dessus de la rambarde, sur la plateforme extérieure, placés en porte à faux, 31 Thranites sur deux rangs fournissent l’effort le plus pénible (et le plus payé) ; par gros temps, ce sont eux qui donnent l’impulsion. Les espaces sont si bien calculés, que sauf aux extrémités, les avirons ont tous 4,40 m.

 

Avec un équipage bien entraîné, une trière peut filer à Navarin 20 octobre 1827 nœuds, soit 20 km à l’heure et peut virer presque instantanément sur elle-même. Très robuste au combat, la trière est peu stable et trop petite pour que l’équipage puisse dormir à bord. 


 

Elle n’est que légèrement pontée à l’avant et à l’arrière. À Athènes, les bureaux de recrutement ne désemplissent pas : paysans endettés, artisans ruinés et même esclaves, c’est avec ces laissés pour compte que la Grèce sera sauvée. On a même recours aux volontaires de l’extérieur, des colonies. Le traitement est de 3 oboles par jour.

Obole athénienne (postérieure à -449)


Chaque trière comprend 25 sous-officiers dont un charpentier et des gabiers pour manœuvrer la voilure. Le commandant est celui qui paie l’entretien, mais le plus souvent, c’est l’officier en second le vrai maître à bord, car le commandant est un gros bourgeois, riche mais non un marin. Un officier de proue veille à la bonne marche et aux manœuvres d’accostage ; un quartier maître, au milieu des rameurs, transmet les ordres et donne la cadence avec le concours du flutiste de bord. La plus jeune des officiers tient le rôle de commissaire (registres et cambuse).

La Trière Olympias en cale sèche

Au combat, les Hoplites se tiennent sur le gaillard d’avant. Ce qui fait que chaque trière a deux cents hommes à son bord. Chaque trière embarque une vingtaine d’Hoplites, armés d’une lance et d’un glaive, se protégeant avec un bouclier rond de bronze, décoré d’emblèmes magiques en général animaux. Sur la tête, un bonnet supporte un casque à cimier protégeant le crane mais aussi les joues et parfois la nuque. Sur une fine tunique, une cuirasse de bronze et à partir de la taille, les lambrequins (plaques de bronze) protègent l’Hoplite. Des jambières de bronze protègent les membres inférieurs. La lance est longue d’environ deux mètres et se termine par pointe en forme de feuille. L’ensemble est complété par une lourde épée à deux tranchants.

Au large du Pirée, dès qu’une trière est armée, elle participe tous les jours aux manœuvres, s’entrainant à longueur de journée. Les deux tactiques utilisées au combat maritime exigent une parfaite obéissance aux ordres et une bonne coordination. Les deux tactiques possibles sont :

Le diekplous : Les deux lignes de trières se font face, éperon en avant. Au coup de trompettes et au son des flutes et des battements de rames, les trières partent en avant briser la ligne adverse, font une volte face aussi rapide que possible, éperonnant les poupes et les flancs sans défense des bateaux adverses. Pour une bonne exécution, il faut renouveler très souvent cet exercice très délicat. Cette tactique aurait été mise au point par les Phéniciens. Exercée trop lentement, cette attaque frontale permet à l’ennemi de se dégager.

  Le periplous : C’est une manœuvre d’encerclement, une course de vitesse, le long du flanc de l’escadre ennemie pour prendre sa ligne à revers.

Dans les deux cas, l’ennemi doit resserrer sa ligne, d’où une certaine confusion rendant l’abordage plus facile, encore faut-il disposer d’un espace suffisant pour ses manœuvres. L’important reste la coordination et l’obéissance parfaite au moindre signal des responsables. Tout cela ne peut être acquis que par un entrainement journalier, comme le faisaient les Grecs.


La marine perse est surtout composée de navires phéniciens et grecs des colonies d’Asie Mineure sous domination perse.

Prévoyant la deuxième guerre médique, Athènes fait construire deux cents trières montées par 34 000 marins très bien entrainés sous l’intelligente conduite de Thémistocle, alors que l’escadre perse est surtout composée de « pentécontores » à cinquante rameurs, lourdes et peu maniables au combat, montées par des équipages dont la volontés de combattre et peu développée.

Darius, mort en -485, Xerxès Ier avait repris le projet de son père. C’était le fils cadet de Darius et D’Atossa, fille de Cyrus. Il était fortement poussé par son cousin Mardonios qui ne voulait pas rester sur un échec. Seul son oncle Artaban était réticent.

Pendant quatre années, Xerxès va rassembler des forces considérables en hommes et en matériel. Ses ingénieurs phéniciens et Égyptiens perceront un canal de deux kilomètres de long au mont Athos où deux trières pouvaient passer de front à l’abri d’une tempête toujours possible, ainsi le désastre de -492 ne pourra plus se reproduire. Ces mêmes ingénieurs préparent un pont de bateaux pour relier l’Asie à l’Europe au Bosphore « Hellespont ». Les esclaves tissent des câbles de lin et de papyrus qui doivent assurer la solidité de l’ensemble.

Xerxès envoie demander « La terre et l’eau » aux villes grecques. Toutes refusent, sauf Delphes. Sur ces entrefaites, Xerxès apprend que la tempête a détruit le pont. Ivre de colère et d’orgueil, il fait fouetter l’Hellespont de trois cents coups de verges et fait décapiter les ingénieurs, après avoir fait jeter dans l’eau une paire d’entraves en signe de défi. Xerxès refait le pont double. D’une tribune de marbre, il fait défiler un pittoresque troupeau de plus de 400 hommes. L’infanterie est composée de Perses coiffés d’un bonnet pointu de feutre souple, aux tuniques longues et bariolées, armés d’une lance courte et d’un arc et d’un bouclier d’osier recouvert de peau, de Cissiens enturbannés, d’Assyriens avec une masse à pointes, des Indiens aux habits de coton, de sauvages Caspiens habillés de peaux de bêtes, d’Éthiopiens couverts de peaux de panthères ou de lions, dont la lance se termine par une corne de gazelle acérée. L’armée en provenance de toutes les Satrapies représente 46 peuples différents. 

C’est au printemps -480 que l’immense armée arrive en vue de l’Hellespont, /...

                                                                                                                                      ... devant ce pont qui fut une des plus belles réalisations techniques de l’antiquité. Des espions grecs arrêtés furent relâchés, pour qu’ils puissent raconter ce qu’ils avaient vu à leurs compatriotes.

Si l’on en croit Hérodote, 624 navires de la taille d’une trière avaient été disposés sur deux rangs, face au courant (qui va de la Mer Noire vers la Méditerranée) mouillés sur de grosses ancres à l’aide de cabestans, d’énormes câbles de chanvre et de papyrus tendus au dessus des navires servirent de points d’attache pour les navires. La chaussée faite de planches assujetties entre elles et aux câbles fut recouverte de terre, de sable et de broussailles pour simuler une route en pleine campagne. De chaque coté, une palissade cachait la vue de la mer aux animaux. Malgré tout, il fallait pousser à coups de fouets certains animaux et même certains hommes qui n’avaient jamais vu la mer.

L’ensemble résista magnifiquement et pendant sept jours et sept nuits, l’armée défila et se trouva rassemblée sur la rive européenne. Les chameaux de la cavalerie passant les derniers à cause de leur odeur, les indigènes assistant à ce spectacle inouï, comparaient Xerxès à Zeus lui-même.

Cette fois, le péril était immense pour les cités grecques. Devant ce péril, pour une fois, l’union sacrée se réalise. On envoie des émissaires dans toutes les directions, en Crète, en Sicile, à Corfou, en Thrace où toutes les cités se récusent. En - 421, trente et une cités grecques se réunissent à Corinthe, sauf Argos qui en portera longtemps la honte. La Crète et Corfou se déclarent neutres. La ligue ainsi constituée est placée sous le commandement de Sparte. Athènes rappelle ses bannis, comme Aristidès, frappé d’ostracisme, mais excellent chef de guerre, et ce, à la demande de Thémistocle.


Les Grecs ne peuvent réunir que 105 000 hommes et 380 trières, ce qui est peu par rapport aux forces qui vont les assaillir. Sur le plan stratégique, le seul endroit possible pour arrêter l’avalanche perse : les  Thermopyles (les portes d’eaux chaudes), étroit défilé entre le Golfe Maliaque et les monts de l’Oeta, d’autant que la flotte sera tout près, au cap d’Artémission, à l’entrée du détroit entre l’ile d’Eubée et le continent. (Aujourd’hui, cet étroit passage est beaucoup plus large en raison des alluvions apportés par un torrent de montagne). À la mi-aout - 480, le Roi de Sparte, Leonidas, prend position aux Thermopyles avec 6 000 Hoplites : Spartiates, Béotiens et Hoplites de Grèce centrale.

Figure 4 


L’armée perse, après avoir passé l’Hellespont, traverse la Thessalie, la Thrace, pendant que la flotte longe la cote, pour éviter les tempêtes à la hauteur de l’armée de terre si nombreuse qu’Hérodote dira qu’il suffisait qu’elle prenne « deux repas dans la même ville pour que celle-ci soit ruinée ».

Toute la Grèce du nord, jusqu’à la Baltique, se soumit à Xerxès. Seules Platées et Thespies se préparèrent à la lutte. Comment imaginer la terreur et le désespoir qui durent s’emparer de la Grèce méridionale à l’approche de cette avalanche humaine ?

Toujours ingénieux et maitre en guerre psychologique, Thémistocle avait fait inscrire sur les roches de la cote, en gros caractères, visibles de loin, une proclamation invitant les nombreux marins grecs de la flotte perse à déserter et à ne pas lutter contre la mère patrie, ceci afin d’influencer à la fois les marins ioniens et Xerxès, qui hésitait déjà à employer des Grecs qu’il jugeait peu surs. Un combat naval très incertain dura toute la journée, puis les Grecs se retirent à Artémision et les Perses à Aphètes.

Pendant ce temps, durant trois jours et trois nuits, le choc des deux armées fut terrible : Leonidas et ses hommes font des prodiges de bravoure et de science militaire, à l’instar des héros homériques, les combattants s’interpellent : Xerxès demande à Leonidas « rendre les armes ». Leonidas répond « Viens les prendre ! ». À un autre qui fait remarquer que les Perses, vu leur nombre, peuvent obscurcir le soleil par leurs traits, il fut répondu « Tant mieux, nous pourrons combattre à l’ombre ». Même les fameux « Immortels », arme d’élite s’il en fut, engagés dans le combat, ne peuvent réduire la résistance.

Pourtant, Leonidas, après une des plus belles résistances de l’Histoire sera écrasé aux Thermopyles, à cause de la trahison de quelques Grecs de la bourgade de Trachis, dont un nommé Éphialtès, indique aux Perses un chemin de montagne qui contourne et permet de prendre à revers les positions de Leonidas.

Les feuilles sèches de chênes, écrasées par les soldats perses, éveillent des forestiers qui vont prévenir en toute hâte Leonidas, qui voyant le combat devenu inutile, renvoie tous les survivants. Il ne conserve avec lui que 300 spartiates, d’âge mûr et pères de garçons. Tous furent tués mais ne se rendirent pas. Xerxès fit empaler la tête de Leonidas qui avait tué deux de ses frères et fit visiter le champ de bataille à ses troupes, non sans /...


                                                                                                               ... avoir pris soin de faire enterrer préalablement la plupart de ses morts. Les héros spartiates furent enterrés sur place dans leur belle tunique écarlate sur laquelle le sang ne se voit pas. Une stèle élevée à cet endroit porte comme épitaphe les vers de Simonide :

« Étranger, va dire à Sparte qu’ici nous gisons

(pour obéir) dociles à ses ordres (ou ses lois ) »

Il y eut tout de même deux survivants spartiates. Le premier fut tué à la bataille de Platée et le deuxième se pendit de honte. Les Perses eurent près de 20 000 tués.


 

Après les Thermopyles, les perses n’avaient plus d’obstacles avant Athènes. D’autant que les autorités invitèrent tous les habitants à quitter la ville et à se réfugier à Égine, Salamine, Treozène. Certains s’engagèrent dans la marine. Plutarque décrit les animaux familiers hurlant sur la berge, abandonnés par leurs maîtres car les bateaux d’exilés étaient trop pleins. Le chien du père de Thémistocle fit la traversée en nageant près du bateau de son maître jusqu’à Salamine, mais mourut d’épuisement à son arrivée. Les exilés furent très bien accueillis.( Thésée, fondateur d’Athènes, était un Roi de Tréozène.).

Les Perses déferlant sur l’Attique, pénètrent sans difficulté dans Athènes abandonnée, pillant, incendiant et massacrant ceux qui n’avaient pas pu fuir ; l’acropole est rasée.

Pendant ce temps, les Grecs discutent et sont divisés sur les options à suivre. Les Péloponnésiens et Sparte en particulier voudraient attendre les Perse sur l’Isthme de Corinthe, où ils auraient une chance de les arrêter. L’isthme ne constitue qu’un front de six à sept kilomètres. L’amiral spartiate Euroliadès, commandant en chef de la flotte alliée pense surtout à protéger Sparte en abandonnant Athènes.

Thémistocle retarde tout départ de la flotte mouillée à Salamine, achetant littéralement Euroliadès avec l’argent fourni par les Eubiens. Les discussions sont si violentes qu’à une occasion, Euroliadès lève son bâton sur Thémistocle qui lui répond calmement, « Frappe, mais écoute ! ». La Pythie de Delphes, consultée à plusieurs reprises, finit par conseiller de se battre derrière des remparts de bois. Thémistocle conclut qu’il s’agit bien d’une allusion aux bateaux Grecs. Pendant les discussions un navire de Crotone, dans le sud de l’Italie, vient se joindre à la flotte. Deux jeunes prisonniers perses de la famille royale sont immolés pour /...

                                                                                           ... se rendre les dieux favorables.

Thémistocles envoie sont fidèle serviteur Sicinnos, précepteur de ses enfants, prévenir l’amiral perse que les Grecs réfugiés dans l’étroite baie de Salamine sont prêts à appareiller pour s’enfuir par l’ouest. Sicinnos est d’autant plus crédible qu’il est Perse d’origine. Durant la nuit, les bateaux perses se déploient en silence, barrant toutes les issues et un fort contingent débarque sur l’îlot de Psytalia, pour achever les Grecs qui essaient de fuir. La flotte grecque est prise au piège et bien obligée de se battre, quoiqu’en pense le spartiate Euroliadès. C’est ce que souhaitait Thémistocle et le miracle de Marathon va se reproduire. La flotte comptait huit cents navires dont trois cents vraiment aptes au combat et les Grecs trois cent trières surtout d’Athènes et d’Égine, la grande ile voisine.

Au lever du jour, les deux escadres étant face à face, la confrontation est inévitable. Xerxès s’est installé sur un trône d’or au pied du mont Aegalos, d’où l’on domine toute la baie de Salamine, entouré de tout son état major et de ses historiographes, chargés d’identifier et de noter tous ceux des siens qui se distingueraient par leur bravoure.

Les Perses s’attendaient manifestement à combattre une flotte désemparée et prête à fuir. Les Grecs, meilleurs tacticiens et manœuvriers se ruent sur les Perses en chantant le « Péan », leur hymne à la liberté. Les Perses surpris réagissent mal, en raison de la multiplicité des langues et la méconnaissance des étroits chenaux dans cette baie qu’ils ne connaissent pas. Les vaisseaux perses (en réalité surtout phéniciens et grecs d’Asie), se heurtent les uns les autres, brisant leurs rames, ce qui interdit toute manœuvre, et se font massacrer. Croyant trouver des fuyards, ils avaient rencontré une flotte en formation de combat d’où s’élevait un chant de guerre que les chants guerriers révolutionnaires français rappellent beaucoup :

« Allez, enfants des Grecs, délivrez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux : c'est la lutte suprême ! » (Eschyle - Les Perses).

La flotte perse disloquée, incapable de manœuvrer fut en grosse partie détruite. Ce qu’il en restait regagna Phalère, puis le plus rapidement possible l’Asie Mineure.

Dans cette bataille navale, l’amiral perse Ariaménès, alors qu’il sautait sur une trière grecque, fut tué dès le début ce qui ajouta à la confusion générale. 

 

C’est Artémise, souveraine d’Halicarnasse (en Ionie du sud), qui participait au combat avec cinq trières, qui fit repêcher le cadavre et rapporta le corps de l’amiral à Xerxès, et en profita pour fuir le combat.

Xerxès, sur son trône d’or ne perdit rien du magnifique spectacle et de sa propre déconfiture. Il éclate en sanglots, déchire ses vêtements, passe le commandement à Mardionos et regagne l’Asie, pendant que Thémistocle reçoit le prix de l’homme le plus valeureux et Égine qui avait fourni trente trière vit le commandant de l’une d’elle recevoir le premier prix de bravoure pour la tenue de son équipage au combat. 

Dans la tragédie « Les Perses » d’Eschyle (témoin oculaire) ne fait état d’aucun nom grec dans le récit de la bataille et c’est un Perse qui raconte le combat à la cour de Suze. Pour Eschyle, le vrai vainqueur est le peuple grec tout entier.


 

« Lorsque le jour aux blancs coursiers a rempli toute la terre de sa clarté resplendissante, on entend tout d’abord retentir du coté des Grecs une bruyante clameur, qui ressemble à un chant et dont l’éclat est répercuté par l’ile rocheuse. La crainte saisit alors tout les barbares déçus dans leur attente, car ce n’était pas pour fuir, que les Grecs entonnaient le péan solennel, mais pour s’élancer au combat plein de courage et d’audace et la trompette enflammait de ses éclats toute leur armée ; aussitôt abattant leurs rames bruyantes avec ensemble, ils frappent l’eau profonde en cadence, ils sortent à toute vitesse et apparaissent aux yeux des Perses. […]

En même temps un grand cri « Allez enfants des Grecs, délivrez votre patrie, délivrez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux. »

 […] Tout d’abord le torrent de l’armée perse tint bon, mais comme la multitude de ses vaisseaux était entassée dans un espace étroit et qu’ils ne pouvaient se porter secours entre eux, et qu’ils s’entrechoquaient eux-mêmes avec leurs éperons d’airain, ils brisaient tout l’appareil de leurs rames. Alors les vaisseaux grecs se glissant adroitement autour d’eux les frappent, les coques se renversent et la mer disparaît sous un amas d’épaves et de cadavres sanglants. Les rochers du rivage regorgent de morts et toute la flotte des barbares s’enfuit en désordre à force de rames, tandis que les Grecs les frappent comme des thons ou des poissons pris au filet, leur cassent les reins avec des tronçons de rames et des fragments d’épaves. 

Des gémissements mêlés de sanglots s’entendent au large sur la mer jusqu’à la sombre face de la nuit les dérobe au vainqueur. Une brume de mort s’était répandue sur les Perse. Toute leur jeunesse avait péri. » Un bataillon d’hoplites, menés par Aristides cerne l’îlot de Psytalie et massacre les Perses qui s’y sont réfugiés, à coups de pierres et de glaives.

D’après Hérodote, sans doute un peu trop patriote, les Perses auraient eu 200 000 tués et les Grecs 159. Plutarque, plus impartial évalue les pertes grecques à 1360 tués.

Diodore de Sicile nous parle de deux cents navires perdus par les Perses, quarante par les Grecs, mais avec peu de morts pour les Grecs, car bons nageurs pour la plupart, les marins grecs coulés purent atteindre le rivage à la nage.

Après la fuite de Xerxès, Thémistocles, sur les conseils d’Aristides, lui fit savoir qu’il ne le poursuivrait pas.

Laissant 300 000 hommes sur la place en Attique sous les ordres de Mardionos, Xerxès, accompagné par le reste des troupes, regagna Sardes en Lydie, en perdant beaucoup d’hommes à cause de la dysenterie.

Cette année -480 fut doublement heureuse pour les Grecs. La même année (le 23 septembre -480), les Grecs de Sicile livraient bataille à Himère aux Carthaginois. Hamilcar, amiral carthaginois mis le siège devant Himère en Sicile avec 3 000 navires de toutes sortes et 300 000 hommes ; il se heurta à Gélon de Syracuse à la tête de 55 000 hommes. Quant il n’y eu plus de doute sur sa défaite,

Hamilcar se jeta dans le brasier des sacrifices. On lui éleva sur place un tombeau sur lequel, son petit-fils Hamilcar, 70 ans plus tard faisait égorger 3 000 prisonnier Grecs.

L’armée perse, sans Mardionos remonte vers le nord et établit ses quartiers d’hiver en Thessalie. En -479, il essaie de négocier par l’intermédiaire du Roi de Macédoine, mais les Athéniens refusent ses offres. Mardionos reprend Athènes une nouvelle fois, mais devant le vide créé, il remonte vers le nord. En août -479, Mardionos était campé avec ses troupes près de Platée, dans la plaine de Béotie. Les Grecs, commandés par le Spartiate Pausanias, neveu de Léonidas, (ils étaient 110 000) après avoir attendu pendant deux semaines des présages favorables, livrèrent bataille devant Platée. Ce fut la plus grande bataille terrestre des guerres médiques. 

Pour se rendre compte de l’atmosphère régnant en Grèce, il suffit de savoir que lors des propositions de paix de Mardionos, le seul membre du conseil qui suggéra de pactiser fut lapidé ; sa femme et ses enfants subirent le même sort de la par des Athéniennes. Sparte s’était décidée à agir seule, mlagré de nombreuses réticences, mais craignant une alliance des Perses et d’Athènes, les 5 000 spartiates, accompagnés de 35 000 Hilotes, serfs mobilisés, rejoignent les 8 000 athéniens.

Le 22 août -429 Mardonios monté sur un cheval blanc donne le signal de l’attaque. C’est le désastre. L‘absence d’armes défensives rend rapidement le combat inégal. Les boucliers d’osier tissé ne peuvent pas être une protection devant les lourdes épées à deux tranchants, maniées par des athlètes bien entrainés. Mardionos est tué. Les restes de son armée se réfugient à Thèbes qui est bientôt réduite. Le butin pour les Grecs est énorme car Mardionos avait la garde des bagages du Grand Roi. D’après les historiens grecs, les grecs ne perdirent que 159 hommes, alors que les pertes perses s’élèvent à plus de 200 000. Seuls 40 000 hommes repassèrent le Bosphore.

Par la suite, une escadre grecque rejoindra la flotte au Cap Mycale, au centre de l’Ionie et la détruisit ; les villes d’Ionie recouvrèrent leur indépendance. Les Athéniens feront ensuite capituler la ville de Sestos, qui permit de surveiller l’Hellespont et de reprendre le contrôle du Bosphore, qu’ils avaient déjà arraché aux troyens 700 ans plus tôt.

Cimon, fils de Miltiades, vainqueur de Marathon, surnommé « Le tueur de Perses, finit par libérer les mers de tous les bateaux perses et aussi phéniciens. La Grèce régnait sur la méditerranée orientale.

En -449, la paix deviendra définitive. Après la signature du traité de Caillas (nom du beau-frère de Cimon). Les Perses s »engageaient à ne pas envoyer d’armée à moins de trois jours de marche de la côte.

Tous les grands héros grecs des guerres Médiques finirent assez mal. Miltiades, le vainqueur de Marathon, est attaqué de toutes parts et accusé d’aspirer visiblement à la tyrannie : Pour prouver le contraire, il va attaquer l’île de Paros, célèbre pour ses carrières de marbre. C’est un échec. Blessé par une flèche, il comparaitra devant le tribunal du peuple sur une civière. Il mourra peu de temps après de gangrène. Condamné à une forte amende, son fils Cimon la paiera.

Aristidès « Le Juste », déjà condamné d’ostracisme, mais revenu combattre à Salamine, finit ses jours à peu près oublié dans la plus grande misère.

Thémistocle, condamné à l’ostracisme pour cinq ans, pour avoir montré trop d’autorité personnelle, ira mourir en Magnésie, chez les Perses. Il s’agissait pourtant du sauveur de Salamine et de celui dont l’historien Thucydide pourra dire : « Il a, à notre admiration, des droits extraordinaires et sans précédents »

Cimon, le « Tueur des Perses » ira se faire tuer devant Chypre, pour éviter une condamnation.

Euroliadès, le Spartiate, convaincu d’avoir perçu de l’argent perse et prêt d’être arrêté, trouva refuge dans un Temple. Celui-ci étant inviolable, toutes les entrées furent murées et Euroliadès y mourut de soif et de faim.

Il faut croire qu’à cette époque, les Grecs ne plaisantaient pas sur la morale démocratique, et sur l’honnêteté des chefs, qui, quelques soient leurs mérites, n’étaient jamais à l’abri des lois.

 Les guerres médiques et leur issue exercera l’influence la plus décisive sur l’histoire de l’Europe, car elles rendront possible l’existence de cette Europe, évoluant librement sur le plan économique et politique. Elles mirent, pour trois cents ans, la Grèce à l’abri de l’influence dissolvante du mysticisme oriental, et lui assurèrent la maitrise des mers. Il n’est plus de port méditerranéen qui ne s’ouvre au commerce grec ce qui procure à Athènes les ressources qui permirent à l’Athènes de Périclès de s’épanouir. La victoire de la petite Grèce sur des masses amorphes fut un puissant stimulant pour l’orgueil national et l’esprit public. Le Grec se sent désormais appelé à faire de grandes choses, il va vers l’âge d’or : « le Siècle de Périclès ».

Ce serait une grave erreur Historique que de présenter les guerres médiques comme la lutte de la civilisation contre les barbares au sens actuel du mot. L’immense empire créé par Cyrus du clan des achéménides, s’était développé à l’ouest, et l’empire s’étendait de la cote anatolienne jusqu’à l’Indus. Cet empire possédait une forte structure religieuse : Le zoroastrisme avec ses principes du bien et du mal, incarnés par des dieux antagonistes, très libéraux pour l’époque, les iraniens laissaient aux peuples soumis leurs coutumes et leurs religions. Darius organisa remarquablement l’empire qu’il divisa en trente Satrapies. C’était une monarchie absolue et théocratique, mais Xerxès et son père, Darius, étaient des hommes adroits et cultivés et humainement tout à fait respectables. Quand Darius, avant d’envahir la Grèce, envoya deux Héraults demander « La terre et l’eau » en signe de soumission, les envoyés spéciaux furent massacrés à Athènes et à Sparte.

Troublés par les présages, les Spartiates se repentirent bientôt et décidèrent que deux citoyens se rendraient entre les mains de Xerxès, qui avait succédé à son père, pour subir le châtiment que Xerxès voudraient leur infliger. Les deux envoyés, Sperthiès et Boulis, appartenaient à de riches et vieilles familles famille de Sparte, furent volontaires. Xerxès répondit avec magnanimité qu’il se garderait d’imiter les Lacédémoniens, qui, en tuant ses messagers, avaient enfreint des usages que tout le monde respectait. « Ayant blâmé leur conduite, il se refusait de se rendre coupable du même crime » (Hérodote).

Administrativement, l’organisation de l’empire était un modèle et le service des postes ne sera dépassé en France qu’au 18° siècle. La route de Suze à Sardes, sur 2400 kilomètres, était bordée d’arbres, avec des relais tous les 25 à 50 kilomètres, avec auberges et relais à chevaux. La sécurité y était parfaite.

Dans cette lutte apparemment disproportionnée, seront opposées deux conceptions de l’Homme :

Le citoyen sachant pourquoi il se bat et meurt, et le sujet, allant au combat par ordre et dont le seul bénéfice envisageable est le droit au pillage, s’il reste en vie. Le génie d’Eschyle dans « Les Perses » a parfaitement mis en lumière l’enjeu et l’esprit dans lequel s’y sont affrontées deux conceptions irréductibles de la vie humaine et de la société.

Pour Eschyle, il y a une connexion entre la mer et la liberté, la terre /...

                                                                                                               ... et la Tyrannie. Ce fut l’Idée maîtresse de la politique athénienne jusqu’au jour où Athènes succombera à la tentation d’établir sur les autres cités une tyrannie maritime.

Les Athéniens, grands vainqueurs à Marathon et à Salamine tirèrent des guerres médiques un bénéfice moral énorme qu’ils surent transformer en bénéfice matériel. Ils persuadèrent le Grecs des iles et des villes ioniennes de leur confier le soin de les défendre, moyennant une contribution en argent et en navires. Ainsi se forme la confédération de l’ile de Délos, l’ile d’Apollon. Le trésor déposé servit surtout à fortifier Athènes et à l’embellir.

Athènes devient le « leader » du monde grec et les Perses ne mettront plus les pieds en Europe. Les Grec dominent toute la Méditerranée, car les Carthaginois sont battus à Himère en Sicile, et la flotte étrusque, la plus puissante de l’époque, est détruite par Syracuse, près de Cumis.

Partout « l’Homme libre » triomphe de l’esclavage et cette victoire prépare l’éclat de l’intelligence et de la civilisation grecque.

Grace à son patriotisme et son abnégation, mais aussi à l’égoïsme et les dissensions de ses alliés, Athènes va s’imposer comme la figure de proue du monde Grec, un incomparable foyer artistique et intellectuel et le siècle d’or de Périclès va pouvoir s’installer à Athènes, la cité la plus puissante et la plus riche de Grèce.